« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Après la déprogrammation par la municipalité RN de Castres de la pièce de théâtre d’Alexis Michalik, « Passeport », fable humaniste sur l’immigration, l’évêque d’Albi a publié le communiqué ci-dessous.

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Genèse 4, 9)
C’est l’interpellation que Dieu a faite à Caïn après que celui-ci a assassiné son frère Abel.
Cette interpellation s’adresse à nous tous.
La polémique qui vient d’éclater à Castres au sujet de la déprogrammation de la pièce de théâtre « Passeport », nous met en alerte.
Sans entrer dans des débats locaux où chacun fait valoir ses arguments, mais parce que les raisons données à cette censure révèlent la tentation du repli sur soi, je veux rappeler ici l’impérieux devoir d’assistance à personne en danger que sont les migrants.
Je m’adresse en cet instant à toutes les personnes de tous bords qui se sont engagées dans l’accueil des enfants, des femmes et des hommes qui ont dû migrer de leur terre à leur corps défendant et sont entrés dans une nuit de leur existence.
Nous avons conscience que la majorité des migrants n’auraient jamais dû partir de chez eux s’ils n’y avaient pas été contraints.
N’en faisons pas les boucs émissaires des maux et malaises de notre société.
Malgré les difficultés de l’accueil, beaucoup de chrétiens des paroisses se sont engagés dans le Secours catholique, dans la Conférence Saint Vincent de Paul, et aussi dans différents collectifs et associations laïques. À souligner aussi le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD-Terre solidaire) qui œuvre concrètement pour « le droit à ne pas avoir à migrer, à rester chez soi sans faim, sans guerre, sans persécution, sans violence » (Discours du Pape Léon XIV aux îles Canaries).
Oui cela vaut la peine de continuer à se battre pour une société plus juste, plus fraternelle, plus solidaire.
Aucune censure n’obligera les chrétiens et les hommes et femmes de bonne volonté à fermer les yeux devant le cri des êtres humains qui souffrent, quelle que soit leur origine.
« L’accueil du migrant ne peut être une question secondaire, ni être délégué uniquement à quelques bénévoles. L’expérience des pauvres et des migrants constitue une source de sagesse précieuse pour des sociétés parfois enfermées dans le confort et l’individualisme ».
(Discours du Pape Léon XIV aux îles Canaries).
Puisse chacun en prendre conscience et au-delà des postures, agir pour un monde meilleur, respectueux de tous, sans exception !

+ Jean-Louis BALSA Archevêque d’Albi
Délégué par la Conférence des Évêques de France pour accompagner le service national des migrants

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